Historique de l’IRCL

Introduction

L’objectif unique de l’IRCL depuis sa création est de promouvoir et de soutenir des travaux de recherche sur le cancer. Fondation reconnue d’utilité publique le 7 août 1936, elle obtient en 1937 des financements permettant la construction d’un bâtiment inauguré le 2 mai 1939 et où s’installent les premiers chercheurs. Raconter l’histoire de l’IRCL, c’est raconter l’histoire d’une institution et celle des recherches qu’y s’y sont développées.

Histoire de la Fondation IRCL :

Origine de l’IRCL

L’Institut de Recherche sur le Cancer de Lille est né des suites d’une vaste opération humanitaire  internationale menée pendant la 1ère guerre mondiale, pour assurer l’approvisionnement alimentaire des populations des régions de Belgique et du Nord de la France occupées par l’ennemi. Herbert Hoover (1874-1964), un homme d’état américain organisateur hors pair, devenu ensuite Président des Etats-Unis à la fin des années vingt, avait mis sur pied dès fin 1914 la « Commission for Relief in Belgium », à laquelle s’était ensuite associé le « Comité d’Alimentation du Nord de la France », dont Edmond Labbé (1868-1944), alors inspecteur général de l’enseignement technique, était un membre très actif. Cette commission avait œuvré avec un succès considérable pendant tout le conflit, menant des opérations d’un montant total estimé à 2 milliards de francs.  Les importants reliquats financiers de son action exemplaire ont été utilisés après la guerre pour diverses actions d’intérêt général  en Belgique et dans le Nord de la France.

Edmond Labbé et le Professeur Oscar Lambret (1872-1943), chirurgien lillois très impliqué dans la modernisation de la prise en charge des cancers, proposent d’en affecter une partie à la création d’un institut de recherche sur le cancer à Lille.

Dans les années 20 et à la suite des premiers succès de la curiethérapie, les premiers centres anticancéreux sont créés, dont celui du département du Nord par Oscar Lambret. Mais la recherche sur cette terrible maladie est quasi inexistante.  L’idée d’Edmond Labbé et d’Oscar Lambret est acceptée avec enthousiasme par Herbert Hoover, très favorable au développement de la recherche médicale. 10 millions de francs sont obtenus pour financer le projet.

Edmond L’ABBE

1868 – 1944

Oscar LAMBRET

1872 – 1943

Herbert HOOVER

1874 – 1964

Le 7 août 1936,  la fondation IRCL, reconnue d’utilité publique, est créée. Elle reçoit les fonds en octobre 1937 et construit son bâtiment de recherche, qui est inauguré le 2 mai 1939. Dessiné par Jean Walter, architecte de la Cité Hospitalière, il est d’emblée organisé en un institut où l’on peut pratiquer à la fois chimie, biologie, physique et médecine expérimentale. L’approche interdisciplinaire, visionnaire à l’époque, est au cœur du projet. On verra qu’elle est plus que jamais d’actualité dans l’IRCL d’aujourd’hui.

A sa création, la fondation a pour Président Edmond Labbé et comme Vice-Président Oscar Lambret. Son conseil d’administration comprend des personnalités françaises, belges et américaines, certaines issues des comités donateurs.

Les chefs de laboratoire sont Jules Driessens (biologie), Paul Boulanger (chimie biologique) et Jean Swyngedauw (biophysique).

Les débuts

A son ouverture, l’IRCL est bien isolé dans un secteur alors inhabité de la banlieue sud de Lille, où l’établissement en activité le plus proche est l’hôpital Calmette, ouvert en 1936. La Cité Hospitalière n’est encore qu’une carcasse inachevée et la construction du centre anticancéreux un projet en cours d’étude.

Pendant la guerre, l’IRCL connait des années difficiles, avec une évacuation temporaire à Rennes de mai à octobre 1940. Du fait du contexte, les premières recherches menées concernent la médecine de guerre et les problèmes nutritionnels.  Après les décès d’Oscar Lambret fin 1943 et d’Edmond Labbé en 1944, le Professeur Jules Driessens est nommé directeur et le restera jusqu’à sa mort en 1971. Il recentre l’activité scientifique sur le cancer.

A la libération, l’institut reprend rapidement une activité normale, mais doit faire face à de sérieuses difficultés financières, dues à l’inflation massive des premières années de l’après-guerre, qui réduit dramatiquement la valeur de ses réserves en capital. Diverses institutions locales (Caisses de Sécurité Sociale, sociétés de secours minières, conseils généraux des départements du Nord de la France, …) lui apportent un soutien décisif, tandis que la contribution de l’Etat, fournie par l’Institut National d’Hygiène,  faiblement doté, reste modeste. Ces soutiens et les dons de particuliers et d’associations vont permettre le développement des recherches et l’acquisition des premiers équipements de pointe pour les mener.

Les ouvertures successives dans les années 50 de la Cité Hospitalière, regroupant services hospitaliers et Faculté de Médecine et de Pharmacie, et du Centre Oscar Lambret facilitent comme prévu la participation des médecins et enseignants-chercheurs de ce vaste complexe hospitalier et universitaire aux recherches menées à l’IRCL.

Le tournant des années 60

Un tournant décisif dans le développement des activités de l’IRCL se produit au tout début des années 60 avec l’augmentation considérable du soutien de l’Etat, apporté par la Délégation Générale à la Recherche Scientifique et Technique (DGRST, créée en 1961). Une subvention annuelle substantielle permet le recrutement de dix chercheurs sur contrats tandis qu’est financé le doublement de la surface de l’Institut.  Sa nouvelle aile est inaugurée le 1er juillet 1967.

La recherche se focalise désormais sur deux thèmes, la biologie cellulaire et tissulaire et la biochimie, animés respectivement par les Professeurs Jules Driessens et Paul Boulanger, tandis que le Professeur Jean Swyngedauw transfère ses activités de biophysique dans son service de radiothérapie et des radioisotopes du Centre Oscar Lambret, en plein développement. Au sein de l’IRCL, la microscopie électronique bénéficie d’investissements considérables.

La production scientifique croit rapidement : le nombre de publications est multiplié par trois. En 1967, 62 personnes (chercheurs, techniciens, étudiants en thèse, personnel de service) travaillent à l’IRCL.

Un développement continu en partenariat avec l’Inserm et le CNRS

Les années 70 et 80 sont marquées par l’établissement de liens croissants avec l’Inserm et le CNRS à l’initiative du Professeur Gérard Biserte, directeur de l’IRCL de 1972 à 1989.  Il crée dès 1972 l’unité Inserm 124 « Ultrastructure et Biochimie de la CelIule Normale et Cancéreuse », unité qui s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui, au fil des renouvellements et des créations diverses reflétant le dynamisme des chercheurs et l’évolution des thématiques explorées. Gérard  Biserte œuvre également pour que soit créée en 1984 une unité associée du CNRS, l’URA 409 dirigée par Pierre Sautière. L’arrivée d’unités de recherche de l’Inserm et du CNRS permet de titulariser une partie des personnels hors statuts employés par l’IRCL et de mettre fin à de sérieuses difficultés financières dues au désengagement de bailleurs de fonds importants (Sécurité sociale et Centre Oscar Lambret).

Les années 90 et 2000 voient se développer de nouvelles thématiques scientifiques.  Convaincu de l’importance stratégique de la génomique, le Professeur Jean Krembel, directeur de l’IRCL de 2003 à 2012, investit massivement dans les équipements nécessaires. La recherche translationnelle, menée en lien avec les services cliniques et les laboratoires hospitaliers du CHRU et du Centre Oscar Lambret connait un développement considérable.

Au tournant du millénaire, les missions et le fonctionnement de l’IRCL sont redéfinis et aboutissent au modèle actuellement en vigueur. La réactualisation des statuts est menée par le Professeur Jacques Vanlerenberghe, directeur de l’IRCL et ancien Président de l’Université de Lille2. La recherche des ressources indispensables auprès des particuliers et des mécènes se professionnalise. Une stratégie de communication est mise sur pied. Maud Collyn d’Hooghe, directrice de l’IRCL de 2012 à 2017, a été particulièrement active dans ce mouvement initié par ses prédécesseurs avec le soutien du Conseil d’Administration.

L’année 2016 voit arriver à l’IRCL une équipe CNRS franco-japonaise de biophysiciens spécialistes de la conception de microsystèmes appliqués à la recherche médicale. Son installation aux côtés des équipes de recherche biologique et médicale déjà présentes dans l’Institut permet à l’IRCL de réaffirmer de manière éclatante sa vocation de lieu de recherche pluridisciplinaire sur le cancer. Elle lui donne également une dimension internationale.

 

Unités de recherche hébergées à l’IRCL au fil des ans

Inserm :

Gérard Biserte dirige de 1972 à 1984 l’Unité de Recherche 124  « Ultrastructure et Biochimie de la CelIule Normale et Cancéreuse », au sein de laquelle l’étude biochimique des macromolécules domine. Un groupe d’étude biophysique de ces macromolécules est créé.

Marie-Henriette Loucheux succède à Gérard Biserte et dirige l’unité de 1985 à 1995. Elle la rebaptise « Expression des gènes et cancérogenèse chimique » et oriente son activité vers la biologie moléculaire.

Jean-Pierre Kerckaert succède en 1996 à Marie-Henriette Loucheux. L’unité 124 prend l’intitulé « Oncohématologie moléculaire ». Elle devient en 1999 l’unité 524 « Génétique moléculaire et approches thérapeutiques des hémopathies malignes ». L’accent est mis sur les anomalies moléculaires acquises des leucémies et l’étude du mécanisme d’action des molécules ciblant l’ADN.

L’unité 524 se fond en 2007 au sein de l’Unité 837, organisée en centre de recherche comportant 6 équipes. Les chercheurs de l’U524 se répartissent dans les équipes « Facteurs de persistance des cellules leucémiques » du Professeur Bruno Quesnel et « Ciblage moléculaire et cellulaire pour le traitement des cancers » du Professeur Pierre Formstecher. Ces deux équipes sont hébergées à l’IRCL. Elles fusionnent en 2015 à la suite du départ en retraite de Pierre Formstecher. L’unité 837 devient l’Unité 1172.

CNRS

Pierre Sautière dirige de 1984 à 1992 l’unité de recherche associée URA 409 « Structure et interactions des protéines associées à l’ADN des eucaryotes et des procaryotes »

Dominique Collard dirige l’équipe « Microsystèmes appliqués à la recherche sur le cancer,  Projet SMMiL-E » de l’Unité Mixte Internationale 2820 CNRS – Université de Tokyo » , hébergée à l’IRCL depuis 2016.

Centre Oscar Lambret

Laboratoire de pharmacodynamie clinique. Ce laboratoire hospitalier créé en 1995 développe des activités de recherche croissantes et devient Laboratoire de pharmacologie antitumorale, associé à l’unité Inserm 524 en 1999, puis à l’équipe Inserm « Ciblage Moléculaire et cellulaire pour le traitement des cancers »  de l’Unité Inserm 837 en 2007.

L’ « Unité Tumorigenèse et Résistance aux Traitements », dirigée par le Docteur Samuel Meignan, a pris la suite de ce laboratoire et est associée à l’unité Inserm 908 « Plasticité Cellulaire et Cancer » depuis 2015.

 

Les Présidents du Conseil d’Administration

1934 – 1944        Edmond LABBE, Président Fondateur (Ancien Directeur Général de l’Enseignement)

1945 – 1956        André MAYER (Vice-Président du Collège de France et ancien représentant du Général de Gaulle aux USA en 1941)

1957 – 1972        Bernard LAFAY (Ancien Ministre de la Santé)

1972 – 1984        François-Xavier ORTOLI (Ancien Ministre et ancien Président de la Communauté Economique Européenne)

1984 – 1985        Maurice HANNART (Ancien Président du CISE et du Comité Economique et Social Régional)

1985 – 1994        Clément SCHIETTECATTE (Ancien Directeur de l’ASSEDIC)

1994 – 1997        Paul VALLET (Ancien Administrateur de l’Union Régionale des Sociétés de Secours Minières de Lens)

1997 – 2001        Alain DEMAILLE (Professeur de Cancérologie, ancien Directeur du Centre Oscar Lambret)

2002 – 2013        Gérard DEPADT (Ancien chirurgien du Centre Oscar Lambret)

2013 –                   Michel d’ORGEVAL (Membre du CESER)

 

Les Directeurs de l’IRCL

1939 – 1943        Professeur Oscar LAMBRET  assisté de Paul DELPORTE pour l’administration et les finances

1944 – 1971        Professeur Jules DRIESSENS

1971                      Professeur Jean MONTREUIL

1972 – 1988        Professeur Gérard BISERTE

1989 – 2002        Professeur Jacques VANLERENBERGHE

2003 – 2012        Professeur Jean KREMBEL

2012 – 2017        Docteur Maud COLLYN d’HOOGHE

2017 –                   Professeur Pierre FORMSTECHER

 

Grands thèmes de recherche abordés à l’IRCL

Des travaux pionniers

Les premiers chercheurs s’installent à l’IRCL au printemps 1939. Les conditions très difficiles imposées par la guerre 39-45 font que les recherches ne se développent vraiment qu’après la fin des hostilités.

Dans les années 50 et 60, l’IRCL est un des seuls endroits en France où débute réellement la recherche sur le cancer. A cette époque, si on connait la maladie cancéreuse et ses caractéristiques cliniques essentielles, notamment la capacité à former des métastases, on n’est encore qu’au début de l’introduction de traitements tels que la radiothérapie et la chimiothérapie et on connait encore très peu de choses sur la biologie des tumeurs. Les chercheurs de l’IRCL vont d’abord s’attacher à la caractérisation moléculaire et cellulaire des cancers. Ils utilisent les microscopies optique et électronique pour observer les cellules cancéreuses et la biochimie pour caractériser leurs constituants. Ils mènent des travaux pionniers de microcinématographie pour explorer les effets de la radiothérapie et de la chimiothérapie sur les cellules tumorales en culture. Ils s’intéressent également à la cancérogenèse expérimentale et à la diffusion métastatique.

Protéines associées à l’ADN et molécules ciblant l’ADN

Dans les années 70 et 80, les chercheurs de l’IRCL mènent des travaux de recherche fondamentale très importants pour déterminer la structure des protéines associées à l’ADN, et en particulier des histones. Ce fut un travail de bénédictin, long et difficile, mais indispensable. Les histones jouent en effet un rôle clef dans l’organisation de la chromatine et dans le contrôle de l’expression des gènes.

A la fin des années 80, ils ont exploré les mécanismes impliqués dans la cancérogenèse chimique et mis en évidence des lésions de l’ADN induites par certains cancérogènes.

A partir des années 90, les équipes de l’IRCL ont également acquis une très grande expertise, toujours active aujourd’hui, dans l’étude du mécanisme d’action des médicaments anticancéreux ciblant l’ADN. Cette expertise leur a permis de nouer de nombreuses collaborations internationales avec des équipes de chimie thérapeutique.

L’explosion de la génomique du cancer et de ses applications au bénéfice des patients

Les chercheurs de l’IRCL contribuent depuis plus de 30 ans au vaste mouvement international de l’étude génomique des cancers. Ils se sont lancés avec un très grand succès, salué au niveau national et international, dans la caractérisation des anomalies génétiques des leucémies de l’adulte et ont découvert un nouvel oncogène impliqué dans les lymphomes. L’IRCL leur a apporté une aide décisive en finançant l’acquisition des premiers appareils très coûteux utilisant la technique révolutionnaire des puces à ADN.

Les résultats de cette recherche fondamentale ont été immédiatement transférés au bénéfice des patients atteints de leucémies : la caractérisation des anomalies génétiques particulières de leurs cellules tumorales fournit des informations très précieuses pour choisir le traitement à leur donner et pour prédire l’évolution de leur maladie.  La découverte du nouvel oncogène impliqué dans les lymphomes a eu un impact médical majeur : elle a modifié leur prise en charge et permet aujourd’hui de mieux choisir leur traitement. Des biologistes et médecins du laboratoire d’oncohématologie et du service des maladies du sang du CHRU de Lille, qui font partie des équipes de recherche de l’IRCL, sont en pointe dans tous ces développements cliniques au niveau national.

Ce développement emblématique de la génomique du cancer et de ses applications médicales  a été mené de manière magistrale par Jean-Pierre Kerckaert (1944 – 2017), chercheur Inserm qui a passé toute sa carrière au sein de l’IRCL, dont il fut un des piliers pendant 40 ans. Il a créé de toutes pièces une plate-forme de génomique structurale et fonctionnelle remarquablement performante.

La dormance tumorale

La dormance tumorale est un problème majeur en cancérologie, à l’origine de la récidive des cancers. Après un traitement initial ayant conduit à une rémission complète, un petit nombre de cellules de cellules persistantes ou dormantes peuvent en effet échapper au traitement et conduire à la récidive. Ces cellules sont très difficiles à détecter. L’équipe du Professeur Bruno Quesnel a construit dès 2004 un modèle expérimental original pour étudier la dormance tumorale des leucémies. L’équipe est leader de l’étude de la dormance tumorale en France et son expertise est reconnue au niveau international. Elle a identifié divers mécanismes qui pourraient être à l’origine de leur échappement au traitement et cherche maintenant de nouveaux moyens de les cibler. La piste intéressante de la relation entre cellules dormantes et cellules souches tumorales a été notamment explorée.

Apport des microsystèmes à la recherche sur le cancer

Le recours à des systèmes microélectromécaniques pour l’analyse et la modélisation de phénomènes biologiques connait actuellement un développement fulgurant. L’IRCL s’est engagé en 2016 dans cette voie prometteuse en accueillant l’équipe franco-japonaise de biophysiciens du Professeur Dominique Collard. Les premiers travaux appliqués au cancer ont commencé en collaboration étroite avec les biologistes et les médecins des autres équipes de l‘IRCL.

 

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